Extradiégétique | Quand le narrateur prend ses distances avec les personnages
Les humains raffolent des récits, des contes, des odyssées, des sagas… bref, des histoires en général.
En coulisses, raconter ces histoires ne peut se faire sans trancher au préalable la question du point de vue adopté, pas au sens d’opinion mais de focalisation narrative.
Pour ce faire, un auteur ou un scénariste a alors le choix entre deux options : une narration intradiégétique et une narration extradiégétique.
On parle de narrateur extradiégétique quand le narrateur n’est pas un personnage qui fait partie de l’histoire.
Concrètement, ce paramètre exclut le point de vue interne, et correspond aux deux autres types de focalisation narrative :
Exemple :
« Madeleine raccompagna le président dont la voiture traversa ensuite la cour, la foule s’écartait sur son passage comme s’il avait été le mort lui-même.
Accompagné par les roulements de tambour de la garde républicaine, le cercueil de Marcel Péricourt arriva enfin dans le vestibule. Les portes s’ouvrirent largement.
En l’absence de son oncle Charles qu’on n’avait trouvé nulle part, Madeleine, soutenue par Gustave Joubert, descendit les marches à la suite de la dépouille de son père. Léonce chercha du regard le petit Paul près de sa mère, mais il n’y était pas. André, qui était revenu, fit un geste d’impuissance.
Le cercueil, que tenait à bout de bras une délégation de l’École centrale des arts et manufactures, fut déposé sur le corbillard à claire-voie. On installa les couronnes et les gerbes. Un huissier s’avança, portant le coussin sur lequel était posée la grand-croix de la Légion d’honneur.
Au milieu de la cour, la foule des officiels fut soudain saisie d’un mouvement de tangage. Elle se creusa étrangement et parut même sur le point de se disperser.
Le cercueil et le corbillard n’étaient plus au centre des attentions.
Les regards étaient tournés vers la façade de l’immeuble. Un cri unanime s’étouffa.
Madeleine à son tour leva les yeux et entrouvrit la bouche : là-haut, au second étage, le petit Paul, sept ans, était debout sur l’appui de la fenêtre, les bras largement écartés. Face au vide.
Il portait son costume noir de cérémonie, mais la cravate avait été arrachée, sa chemise blanche était grande ouverte.
Tout le monde regardait en l’air comme si on assistait au lâcher d’un aérostat.
Paul plia légèrement les genoux.
Avant qu’on ait eu le temps de l’appeler, de courir, il lâcha les vantaux et se lança, accompagné par le hurlement de Madeleine.
Le corps de l’enfant, pendant sa chute, s’agita en tous sens, comme un oiseau atteint par un coup de fusil. Au terme d’une descente rapide et désordonnée, il tomba sur le grand dais noir où il disparut un court instant.
On retint un soupir de soulagement.
Mais le drap tendu le fit rebondir et il réapparut comme un diable sortant de sa boîte.
On le vit de nouveau s’élever dans les airs, passer par-dessus la courtine.
Et s’écraser sur le cercueil de son grand-père. »
(Pierre Lemaître, Couleurs de l’incendie – 2018)
Là où le narrateur intradiégétique fait partie intégrante de l’histoire qu’il raconte – qu’il occupe le rang de héros ou celui de témoin privilégié des aventures de ce dernier –, le narrateur extradiégétique se tient à distance de la narration. Il ne participe pas directement aux scènes qui se jouent ; il se contente de les décrire de l’extérieur. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas entrer dans la tête des personnages du récit…
Tout dépend s’il s’incarne sous la forme d’un narrateur omniscient ou d’un narrateur externe, lesquels impliquent chacun des angles différents.
Heureusement, nous proposons une fière palette d’outils pour vous accompagner dans cette épopée.
Un correcteur d’orthographe à la pointe, bien sûr, pour détecter et éliminer les scories qui auraient pu se nicher sous votre plume sans y avoir été invitées (et il en reste toujours, même après une dizaine de relectures…).
Mais également, pour vos recherches et questions techniques, un chat IA dernier cri, doté des derniers modèles de langage et prêt à répondre sans scepticisme à vos questions les plus inavouables, telles que « Pourquoi est-ce que les personnages de fiction ne vont jamais aux toilettes ? » ou « Comment écrire un roman d’amour ou un roman épistolaire sans verser dans le mièvre ? ».
Vous pouvez les solliciter à toute heure et les employer sans modération durant le travail préparatoire, soit avant de se lancer dans la rédaction, ou pendant la phase de réécriture ! Pour ce qui est de l’écriture de vos premiers jets à proprement dit, on vous fait confiance : aucune machine n’égalera jamais votre patte personnelle, alors sachez singularité garder…
Extradiégétique : définition
La notion d’extradiégétique, qui s’incarne sous la forme d’un adjectif peu accessible au premier abord, n’est pas si difficile à comprendre qu’on pourrait l’imaginer.
La clé se trouve dans un mot de la même famille : la diégèse.
À la source : la diégèse
Quand la narration renvoie à la manière dont une histoire est racontée, la diégèse désigne l’histoire que l’on raconte grâce à la narration.
Pour l’expliquer plus clairement, tout ce qui touche à l’intrigue (c’est-à-dire au contenu même de l’histoire, à ses personnages et aux événements qu’ils subissent, engendrent ou traversent) concerne la diégèse.
Selon le choix éclairé de l’auteur (car opter pour une focalisation plutôt qu’une autre ne doit jamais être le fruit du hasard ou du « feeling » pur…), le récit est raconté non pas du point de vue de la protagoniste, mais d’un narrateur omniscient.
Celui-ci est forcément extérieur à l’histoire. Cependant, il a accès aux pensées des personnages (Alma, mais aussi tous les autres qui gravitent autour d’elle).
Dans le descriptif de cet exemple fictif :
- Le point de vue et la personne narrative concernent la narration.
- À l’inverse, ce qui concerne le développement de l’histoire, des personnages, des événements et des péripéties, a trait à la diégèse.
Vue sous un angle plus large, la diégèse incarne ce que l’on cherche à montrer et à transmettre au lecteur, là où la narration sert à opérer cette transmission d’informations.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que la narration (= la forme) est avant tout un outil qui se veut au service de la diégèse (= le fond).
Elle relève de la technique pure, de la « tambouille interne » qui se joue en coulisses de l’écriture d’un roman.
Le lecteur lambda accède inconsciemment à la diégèse, mais ne la questionne pas dans l’immense majorité des cas. Sur le même principe, un client d’une boulangerie de quartier ne se pose pas systématiquement la question de la façon dont sa baguette tradition est préparée dans les moindres détails au moment où il la consomme. Il profite du résultat, qui lui plaît ou non au niveau du goût et de la texture, et qu’importe la technique de façonnage ou le temps de cuisson.
Pour un roman (ou tout autre genre littéraire), c’est pareil. Et c’est pourquoi la narration se doit d’être à la fois discrète et incarnée.
Le sens du terme extradiégétique
Le mot extradiégétique (à vos souhaits !) est construit selon le schéma suivant :
- extra- (préfixe signifiant « en dehors de » ou « à l’extérieur »),
- -diégé- (radical issu du nom diégèse),
- -tique (suffixe adjectival).
Selon son étymologie, l’extradiégétique renvoie donc à tout ce qui est à l’extérieur de la diégèse, autrement dit ce qui se joue en dehors de l’intrigue et de l’univers d’une histoire.
On utilise surtout ce terme pour parler de narration extradiégétique.
En effet, le septième art s’est souvent approprié ce terme sur le plan sonore.
On parle de son extradiégétique pour qualifier un son qui est joué en dehors de l’univers de la fiction, ce qui implique que les personnages présents dans la scène qu’il ponctue ne l’entendent pas. Il peut s’agir de la bande originale du film, d’une voix off ou de bruitages destinés uniquement au spectateur, lorsque la narration brise le quatrième mur (c’est-à-dire quand elle s’adresse au spectateur directement).
La narration extradiégétique face à la narration extradiégétique
- Le narrateur (que l’on appelle aussi parfois focalisation, ou voix narrative), c’est celui qui raconte l’histoire. Il relate, décrit les faits qui composent et font vivre l’intrigue. Sauf dans le cas très spécifique de l’autobiographie, il est totalement distinct de l’auteur.
En fonction de l’effet recherché par l’auteur, le narrateur peut occuper différents statuts et positions dans l’histoire : il peut être extérieur au récit, ou bien partie intégrante de celui-ci, en tant que personnage.
- C’est sur ce critère que l’on distingue trois grands types de narrateurs :
- le narrateur interne (ou point de vue interne), qui raconte l’histoire en adoptant le point de vue d’un ou plusieurs personnages,
- le narrateur externe (ou point de vue externe), qui décrit l’histoire sans en faire partie et sans subjectivité aucune — il est la neutralité même,
- … et le narrateur omniscient, qui décrit lui aussi l’histoire de l’extérieur, mais en ayant accès à toutes les strates du récit, y compris les pensées de chaque individu qui intervient. C’est le « narrateur-Dieu » par excellence.
Dans le corollaire des points de vue narratifs, on retrouve les concepts de narration extradiégétique et de narration intradiégétique.
- Lorsqu’une narration extradiégétique est à l’œuvre, le narrateur n’est pas un personnage de l’histoire, mais une instance extérieure, voire une sorte de spectre qui plane sur le récit et peut décortiquer les actions et les émotions de chaque personnage.
Toutefois, le narrateur extradiégétique n’interagit jamais avec eux et ne joue aucun rôle dans l’intrigue, ni de pivot ni de simple figurant.
Par conséquent, il s’exprime uniquement à la troisième personne (il/elle, ou plus rarement ils/elles).
(Hadrien Klent, Paresse pour tous – 2021)
- La narration est intradiégétique si l’histoire est racontée par un personnage qui est partie prenante de l’histoire principale, ou d’une autre histoire qui lui est enchâssée.
Il s’agit souvent du personnage principal/héros, mais ce n’est pas une obligation en soi.
Un narrateur intradiégétique est toujours synonyme de point de vue interne… mais pas nécessairement de « je » narratif. Il peut également s’incarner à la troisième personne, sous la bannière de la troisième personne focalisée.
Quand j’ai vu un agent de police s’amener vers moi je me suis éloigné. La nuit était chaude. Le vent du Mojave avait soufflé et amené du sable sur toute la ville. J’avais des grains de sable bruns et minuscules qui me collaient au bout des doigts chaque fois que je touchais quelque chose, et quand je suis retourné à ma chambre j’ai trouvé le mécanisme de ma machine à écrire plein de sable également. »
(John Fante, Demande à la poussière – 1939)
La narration extradiégétique est le plus souvent synonyme de point de vue omniscient, mais elle peut également avoir trait au point de vue externe.
Un texte de fiction mémorable n’est pas seulement bien construit et maîtrisé ; le style tient également une place prépondérante. En la matière, utiliser des mots compliqués pour faire de l’esbroufe est certainement la pire astuce que vous pourriez appliquer… Néanmoins, ce n’est pas pour autant que vous devez vous contenter d’utiliser en boucle le même vocabulaire et la même panoplie d’adverbes et de verbes ternes.
Pour enrichir votre plume et votre lexique, n’hésitez pas à faire appel à des synonymes, par exemple au sein de vos incises. Pour cela, un catalogue de verbes de parole (soit des synonymes de Dire) peut toujours s’avérer utile.
Et si vous manquez encore d’inspiration, le reformulateur de texte peut vous suggérer des termes voisins, dont le sens pourrait bien varier légèrement et vous conduire sur des chemins inattendus.
Car, aussi frustrant que cela puisse paraître, tout cela fait partie du processus : rédiger une phrase, la réécrire un nombre incalculable de fois, pour finalement la supprimer le lendemain au profit d’une idée aux antipodes… Bienvenue dans le monde merveilleux des auteurs !
Les caractéristiques du narrateur extradiégétique
La narration extradiégétique présente un certain nombre de caractéristiques qui la distinguent plus ou moins nettement d’une narration intradiégétique, et qui varient selon le type de point de vue sous lequel elle s’exprime.
Narration extradiégétique et point de vue omniscient
Lorsqu’il s’incarne sous la forme d’une voix omnisciente, le narrateur extradiégétique sait tout de chacun des personnages qui mène le récit ou intervient dans l’histoire.
Cela comprend leur présent, mais aussi leur passé… et même leur futur.
Ainsi, il a la liberté de sauter de l’intériorité d’un personnage à celle d’un autre au sein d’une même scène.
Ses droits étaient si mal établis qu’il lui était avantageux de se voir reconnue par le roi. Ce comte la trouva instruite des intérêts de la cour de France et du mérite de ceux qui la composaient ; mais surtout il la trouva si remplie de la réputation du duc de Nemours, elle lui parla tant de fois de ce prince, et avec tant d’empressement, que, quand M. de Randan fut revenu et qu’il rendit compte au roi de son voyage, il lui dit qu’il n’y avait rien que M. de Nemours ne pût prétendre auprès de cette princesse, et qu’il ne doutait point qu’elle ne fût capable de l’épouser. Le roi en parla à ce prince dès le soir même ; il lui fit conter par M. de Randan toutes ses conversations avec Élisabeth, et lui conseilla de tenter cette grande fortune. »
(Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves – 1678)
Analyse :
Dans l’extrait ci-dessus, le narrateur nous communique les sentiments simultanés de plusieurs personnages (la joie d’Élisabeth en accueillant le comte de Randan, le comte de Randan qui la trouve instruite, etc.), ainsi que leurs actions. Il semble pouvoir être partout (et en tout) à la fois, ce qui est typique d’une narration extradiégétique sous point de vue omniscient.
Il peut adopter un ton assez neutre et factuel (comme c’est manifestement le cas avec le narrateur de La Princesse de Clèves), ou alors se teinter d’une certaine subjectivité, en usant par exemple d’un soupçon d’ironie.
Narrateur extradiégétique et point de vue externe
Un narrateur externe se place en observateur extérieur de l’histoire et des personnages.
Il décrit les événements et les protagonistes de loin, sans jamais avoir accès aux pensées, aux sensations physiques, aux opinions ou au passé de quiconque.
C’est le point de vue de la neutralité par excellence.
Le premier homme s’arrêta net dans la clairière, et son compagnon manqua de lui tomber dessus. Il enleva son chapeau et en essuya le cuir avec l’index qu’il fit claquer pour en faire égoutter la sueur. Son camarade laissa tomber ses couvertures et, se jetant à plat ventre, se mit à boire à la surface de l’eau verte. Il buvait à grands coups, en renâclant dans l’eau comme un cheval. »
(John Steinbeck, Des souris et des hommes – 1937)
Commentaire :
Cet extrait est marqué par l’absence d’émotions décrites.
Le narrateur observe les personnages et l’environnement dans lequel ils se trouvent, dont il brosse une description riche, mais ne pénètre jamais dans leur psyché ; il reste à distance.
Cela est typique d’un point de vue externe.
Le point de vue externe se fait relativement rare en littérature — en tout cas, sur la longueur entière d’un récit —, eu égard aux problèmes d’identification qu’il peut engendrer chez le lecteur. Le risque est en effet grand de laisser ce dernier demeurer à distance du récit, voire de passer à côté de l’intrigue et des personnages.
C’est pourquoi la narration extradiégétique est d’abord celle du point de vue omniscient.
Narrateur extradiégétique et personne narrative
Que le point de vue soit externe ou omniscient, c’est là l’une des caractéristiques immuables de la narration extradiégétique : la troisième personne est toujours de mise.
Il n’est pas possible de rencontrer une narration extradiégétique à la première ou à la deuxième personne ; sinon, on est en présence d’une narration intradiégétique à coup sûr.
- Extradiégétique = ce qui est en dehors du récit.
- Narration (forme) ≠ diégèse (fond).
- La narration vient servir la diégèse.
- La narration extradiégétique concerne le point de vue omniscient et le point de vue externe.
- À ce titre, elle s’incarne toujours à travers l’usage de la troisième personne narrative (il(s)/elle(s)).
- Le point de vue interne, synonyme quant à lui de narration intradiégétique, en est totalement exclu.
Cite this QuillBot article
We encourage the use of reliable sources in all types of writing. You can copy and paste the citation or click the "Cite this article" button to automatically add it to our free Citation Generator.
Tihay, L. (9 février 2026). Extradiégétique | Quand le narrateur prend ses distances avec les personnages. Quillbot. Retrieved 12 février 2026, from https://quillbot.visionseotools.cloud/fr/blog/ecriture-creative/extradiegetique/