Connaître et utiliser les procédés littéraires
Qui n’a jamais étudié un texte en cours de français en se disant que, vraiment, le prof prêtait des intentions et des figures de style à l’auteur qui n’étaient sûrement rien d’autre que le fruit du hasard ou de l’étincelle du moment ?
Bien sûr, un écrivain inspiré se laisse forcément porter par l’élan de sa plume à un moment donné, mais beaucoup d’effets sont calculés en amont et mis en œuvre grâce aux procédés littéraires.
Parmi les procédés littéraires (aussi appelés procédés d’écriture), on trouve évidemment les figures de style, mais réduire leur champ à ce seul aspect serait très réducteur, et pour cause : la liste des procédés littéraires est longue… Une pluralité qui contribue indéniablement au bonheur des lecteurs en donnant à la littérature toute la diversité de fond et de forme qu’on lui connaît.
Voilà qui tombe à pic : un petit passage par notre correcteur d’orthographe saura éliminer les scories frustrantes qui auraient pu se glisser sous votre plume sans y avoir été invitées.
Aussi, si vous vous demandez comment utiliser les procédés littéraires à bon escient en fonction de l’effet que vous voulez créer, notre chat IA pourrait bien vous aider à mettre vos idées au clair… Conseil d’initié : n’hésitez jamais à lui demander ses sources à chaque requête !
Je retiens
- Un procédé littéraire est un moyen stylistique, linguistique ou narratif utilisé de façon délibérée par un auteur pour produire un effet précis sur le lecteur et servir son intention d’écriture.
- Les procédés littéraires incluent les figures de style, mais ils sont loin de se limiter uniquement aux figures rhétoriques.
- On peut classer les procédés littéraires en plusieurs catégories (non exhaustives) :
- les procédés rhétoriques,
- les registres littéraires,
- les procédés d’énonciation,
- les procédés lexicaux,
- les procédés grammaticaux et syntaxiques,
- les procédés sonores.
Table des matières
- Qu’est-ce qu’un procédé littéraire ?
- Les figures de style (ou procédés stylistiques/rhétoriques)
- Les registres littéraires (ou tons littéraires)
- Les procédés narratifs
- Les procédés d’énonciation
- Les procédés lexicaux
- Les procédés grammaticaux et syntaxiques
- Les procédés sonores
- Synthèse : liste des procédés littéraires
- Articles coups de cœur
Qu’est-ce qu’un procédé littéraire ?
Lorsqu’un auteur prend la plume pour écrire un texte, qu’importe le genre ou le type d’écrit visé, il cherche à faire passer des idées ou des émotions, à transmettre un message. Pour ce faire, il a recours à des procédés d’écriture, autrement appelés procédés littéraires.
Mais au juste, c’est quoi, un procédé littéraire ? Et surtout, quels sont-ils ?
Procédé littéraire : définition
Un procédé littéraire est avant tout un moyen d’expression pour celui qui l’utilise, c’est-à-dire l’auteur.
Il permet à ce dernier de donner du sens à son propos, d’embellir son texte sur le plan esthétique, de créer un effet, de mettre en valeur un élément précis (personnage, lieu, atmosphère, etc.), ou encore de générer une émotion chez le lecteur.
En clair, le procédé littéraire est ce qui permet à un auteur de personnaliser son texte et de guider le lecteur là où il veut l’amener : il est en quelque sorte un fil qui relie ces deux esprits l’un à l’autre pour être sûr qu’ils convergent dans la même direction.
Un procédé littéraire est pour l’auteur le moyen (stylistique, linguistique, narratif…) de parvenir à ses fins littéraires (lesquelles peuvent être d’émouvoir, de persuader, de dénoncer, de divertir, de faire réfléchir…).
(Annie Proulx, Brokeback Mountain – 1997)
Analyse :
Dans cet extrait du roman d’Annie Proulx Brokeback Mountain, la longueur de la phrase ainsi que les nombreuses énumérations descriptives et accumulations (de participes présents d’abord, puis de groupes prépositionnels), permettent de créer un sentiment de fluidité stylistique, ainsi qu’un sentiment d’intimité et d’« évidence » entre les deux protagonistes. En tant que lecteur, on a l’impression d’apprendre à les connaître en même temps qu’eux se découvrent l’un et l’autre et d’assister à la naissance de leur amitié (ou plus si affinités ; on parle quand même de Brokeback Mountain…).
Aucun de ces éléments n’est le fruit du hasard : ce sont tous des procédés littéraires.
Si le passage avait visé un autre effet, nul doute qu’il aurait été écrit différemment par Annie Proulx.
Les procédés littéraires concernent tous les types de textes, qu’ils soient fictionnels ou documentaires, longs ou courts, grand public ou réservés à une audience confidentielle…
Aussi, un procédé littéraire n’est jamais spécifique à un seul genre, mais chaque genre est marqué par des procédés qui lui sont récurrents, voire plutôt spécifiques.
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au-dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. »
(Victor Hugo, « Demain, dès l’aube », Les Contemplations – 1856)
Analyse :
Ce célèbre poème de Victor Hugo est écrit en alexandrins (c’est-à-dire que ses vers font tous 12 syllabes). Il présente des rimes, et pas n’importe quel type de rime : des rimes croisées (soit deux paires de sonorités alternées, de type « ABAB »).
Rien n’interdit d’utiliser ces procédés littéraires dans d’autres formes de textes telles que le roman ou l’essai, mais ils sont intimement liés au genre poétique.
Il est essentiel de comprendre que les procédés littéraires n’ont pas seulement vocation à servir d’ornement au texte dans lequel ils s’insèrent : ils participent à la construction du sens, à l’expression des idées, à la mise en valeur des émotions, à la création d’une atmosphère ou encore à la visée argumentative.
Chaque procédé littéraire répond en premier lieu à une intention de l’auteur. Par exemple, une métaphore peut rendre une idée plus frappante pour mettre en valeur son importance dans le récit, là où une répétition peut insister sur un point important, et où une question rhétorique peut convaincre le lecteur plus que n’importe quelle affirmation.
Bien sûr, s’agissant d’un texte en particulier, et à moins d’avoir son auteur sous la main pour lui poser la question – ce qui s’avèrerait relativement difficile à mettre en pratique pour les classiques des siècles derniers, vous en conviendrez… – on ne peut que supposer de ladite intention, car une confusion ou une mauvaise interprétation est toujours possible.
Aussi, lorsqu’il est question d’analyser un texte littéraire, identifier un procédé d’écriture et le commenter de manière isolée ne suffit pas : il faut également savoir expliquer pourquoi l’auteur l’emploie et quel effet il produit sur le lecteur.
De cette façon, connaître les procédés littéraires et leurs caractéristiques communes aide à mieux saisir la façon dont un texte délivre un message et atteint son objectif.
Les procédés d’écriture sont nombreux et peuvent porter sur différents aspects du texte :
- le choix des mots (champs lexicaux, niveaux de langue, degré implicite ou explicite…) ;
- la construction des phrases et la ponctuation,
- les figures de style (ou figures rhétoriques),
- les choix narratifs (point de vue du narrateur, alternance entre narration et dialogues, discours rapporté…) ;
- les marques d’énonciation (choix des pronoms, utilisation de modes et de temps verbaux en particulier, présence de questions rhétoriques…).
Pour y voir plus clair, on peut les regrouper en différentes catégories (en sachant qu’il existe plusieurs types de classifications, avec différentes classes et sous-classes, et que toutes sont valables, tant qu’elles tiennent compte de l’immense diversité des procédés d’écriture auxquels un auteur peut avoir recours) :
- les procédés rhétoriques,
- les registres littéraires,
- les procédés d’énonciation,
- les procédés lexicaux,
- les procédés grammaticaux et syntaxiques,
- et les procédés sonores.
Si vous souhaitez explorer certaines desdites techniques plus en profondeur, la plupart d’entre elles font l’objet d’articles qui leur sont tout spécialement dédiés sur le blog : il suffit de cliquer sur les liens correspondants.
Les figures de style (ou procédés stylistiques/rhétoriques)
Les figures de style, aussi appelées figures rhétoriques, sont souvent le premier procédé littéraire auquel on pense.
Omniprésentes dans les analyses de texte (l’école vous aura certainement laissé quelques souvenirs en la matière…), elles permettent de rendre un texte plus expressif, plus vivant ou plus marquant en jouant sur les mots ou leur sens. Ce faisant, elles produisent un effet particulier sur le lecteur (ou l’auditeur, car cela fonctionne aussi à l’oral la plupart du temps).
Les figures de style étant assez nombreuses, on les classe généralement en plusieurs grandes familles :
- les figures d’analogie,
- les figures d’opposition,
- les figures d’amplification/d’insistance,
- les figures d’atténuation,
- les figures d’omission,
- les figures de répétition,
- les figures de substitution,
- et les figures de construction.
Voici quelques-unes des figures de style les plus connues, efficaces et utilisées en littérature :
| Nom de la figure de style | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| L’allégorie (figure d’analogie) |
Représente de façon imagée une idée, une morale ou une chose abstraite à l’aide d’un élément concret ou d’une incarnation. | La Faucheuse représentant la Mort. |
| L’allitération (figure de construction) |
Consiste à répéter plusieurs fois un son provenant d’une même consonne dans une phrase, un vers ou une strophe. | Ce son strident m’agace. |
| L’anacoluthe (figure de construction) |
Crée une rupture ou une discontinuité dans la syntaxe de la phrase (en changeant de sujet en cours de route, par exemple). | « Les autres éternellement sur nous, j’étouffe ! »
(Paul Claudel, Le soulier de satin) |
| L’anaphore (figure de répétition) |
Répétition d’un même mot ou groupe de mots plusieurs fois au début d’une phrase, d’un paragraphe ou d’un vers en poésie. | « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » (Charles de Gaulle) |
| L’antiphrase (figure d’opposition) |
Consiste à exprimer ce que l’on pense de manière purement ironique. | Dire « Il y en a là-dedans ! » à quelqu’un qui vient d’exprimer une idée complètement stupide. |
| L’antithèse (figure d’opposition) |
Rapprochement de deux mots, idées ou concepts opposés au sein de la même phrase. | « Être ou ne pas être ? Telle est la question. » (William Shakespeare) |
| L’antonomase (figure de substitution) |
Utilisation d’un nom propre pour désigner un nom commun, ou vice versa. | On appelle aujourd’hui un rouleau d’essuie-tout un « rouleau de sopalin » à cause de la marque Sopalin.
Idem pour le « Scotch », qui désigne de la bande adhésive. |
| L’apocope (figure de construction) |
Raccourcissement d’un mot en éliminant sa partie finale, dénotant généralement un langage familier. |
|
| L’aposiopèse (figure de construction) |
Interruption brutale du discours sous l’effet de l’émotion. | — Je ne savais plus quoi faire, j’étais complètement acculée, je… Sa voix s’étrangla brusquement. — Prenez tout votre temps… |
| L’assonance (figure de répétition) |
Répétition d’un ou plusieurs sons voyelles dans une phrase ou un vers en poésie. | Bon mardi, mon petit mari chéri ! |
| L’asyndète (figure de construction) |
Omission délibérée des conjonctions de coordination (mais, et, ou, car…) dans une série de phrases, qui produit un effet d’accélération du rythme de l’énoncé ou une mise en valeur du propos. | Je mange, mange, mange, ne m’arrête que quand je suis vraiment pleine.
Le médecin n’a su mettre qu’un mot sur mes maux : boulimie. |
| Le calembour (figure de construction) |
Jeu de mots qui repose sur des sonorités similaires ou identiques, mais dont le sens des mots employés diffère. | Qu’est-ce qu’un canif ?
Un petit fien. (chien, pour le rapprochement avec caniche) |
| Le chiasme (figure de construction) |
Inversion de deux éléments dans la phrase selon une disposition croisée. | Boire pour vivre, vivre pour boire. |
| Le cliché (figure d’analogie) |
Expression toute faite, souvent très présente dans le langage courant. | Il faut de tout pour faire un monde. |
| La comparaison (figure d’analogie) |
Consiste à comparer deux éléments au moyen d’un élément de comparaison (mot de liaison dédié, souvent comme ou tel que). | Le miroir brillait comme un sou neuf. |
| La contrepèterie (figure de construction) |
Consiste à prendre une phrase et à en permuter plusieurs lettres ou syllabes afin de générer une nouvelle phrase de sens différent, souvent grivois. | Les populations du Cap mettent notre échec en valeur donne Les copulations du Pape mettent notre évêque en chaleur. |
| La digression (figure de construction) |
Consiste à dévier temporairement du sujet principal d’un discours pour aborder un sujet différent. | Tu as vu ces chaussures ? Je parie qu’elles coûtent un bras. Pendant le dernier cours de gym, Mélanie en portait une paire. Tiens, en parlant de Mélanie, tu ne connais pas la dernière ? Elle a posé une candidature à Harvard. Avec ses notes, elle ne doute de rien… Si elle est prise dans une institution aussi prestigieuse, je mange mes ballerines à trente balles ! |
| L’ellipse (figure d’omission) |
Omission volontaire de certains éléments présents dans une phrase, dans un texte ou au sein de la narration dans un récit. | J’écris au stylo plume, Léna uniquement au clavier. (suppression du verbe écrire dans la deuxième proposition de la phrase) |
| L’enjambement (figure de construction) |
Consiste à répartir une phrase ou une expression sur plusieurs vers en poésie. | « Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître, Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ? » (Charles Baudelaire, « À une passante », Les Fleurs du Mal) |
| L’épanadiplose (figure de répétition) |
Consiste à commencer et à terminer une proposition, une phrase ou un vers poétique par le même mot ou groupe de mots. | « L’homme est un loup pour l’homme. »
(Thomas Hobbes) |
| L’épanorthose (figure de construction) |
Permet de reformuler ses propos afin de les nuancer. | Je défaillais, que dis-je, je me liquéfiais dans mes larmes. |
| L’épiphore (figure de répétition) |
Reprise d’un mot ou d’un groupe de mots à la fin de plusieurs phrases ou vers successifs. | Il dormait ici. Il mangeait ici. Il rêvait ici. Il crèverait ici. |
| L’euphémisme (figure d’atténuation) |
Modulation d’une tournure pour la rendre moins choquante ou désagréable. | Dire personne démunie pour signifier pauvre. |
| La gradation (figure d’amplification ou d’atténuation) |
Juxtaposition de mots appartenant à la même classe grammaticale et dont le sens va crescendo ou decrescendo. | Ce gars-là était un homme bien, un homme formidable, un homme extraordinaire. |
| L’hyperbate (figure de construction) |
Mise en évidence de certains mots en changeant leur ordre habituel dans la phrase. | La couche de ton petit frère tu changeras, et sans discuter tu t’y colleras. |
| L’hyperbole (figure d’insistance) |
Consiste à exagérer ses propos à l’extrême pour mieux faire passer son ressenti/son message. | Dire « Je meurs de faim ! » pour signifier que l’on a un petit creux. |
| L’hypotypose (figure d’amplification) |
Description intense et détaillée d’une scène qui donne l’impression de la vivre de l’intérieur. | « C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point. »
(Émile Zola, Germinal) |
| La juxtaposition (figure de construction) |
Placement de deux objets, idées ou images côte à côte sans utiliser de mot de liaison, avec ou sans signe de ponctuation faible. | Hommes, femmes, enfants ; tout le monde était sorti des maisons pour observer le spectacle. |
| La lapalissade (ou vérité de La Palisse) (figure d’exagération) |
Affirmation si évidente ou naïve qu’elle provoque ironie ou jugement négatif chez son interlocuteur. | Quand on meurt, on cesse de vivre. |
| La litote (figure d’atténuation) |
Consiste à en dire moins pour suggérer davantage au moyen d’une négation. | Elle n’a pas tort. |
| La métaphore (figure d’analogie) |
Confrontation de deux éléments sans utilisation d’un élément grammatical de comparaison (en opposition avec une comparaison). | Mon patron est un vrai requin en affaires. |
| La métonymie (figure de substitution) |
Substitution d’un mot ou groupe de mots pour évoquer une chose qui lui est associée, dont il fait partie. | Il faut lui trouver un toit de toute urgence (on recherche un domicile, pas seulement le toit de ce domicile). |
| L’oxymore (figure d’opposition) |
Association de deux termes ou expressions foncièrement contradictoires au sein d’un même groupe de mots. | Une obscure clarté. |
| Le palindrome (figure de construction) |
Mot, phrase ou expression que l’on peut lire de la même manière de gauche à droite ou de droite à gauche sans que son sens change. | Kayak à l’envers donne : kayak. |
| Le parallélisme (figure de répétition/d’insistance) |
Répétition symétrique de la même structure de phrase au sein d’un énoncé. | Je mange trop. Je respire mal. Je parle fort. |
| La paronomase (figure d’analogie) |
Consiste à rapprocher des mots qui présentent une similarité formelle ou sonore, ou bien une parenté sur le plan étymologique. | Qui vole un œuf vole un bœuf. |
| Le pastiche (figure de substitution) |
Imitation du style d’un autre artiste ou d’une œuvre d’art en particulier. | Le film La Folie des Grandeurs de Gérard Oury est un pastiche du Ruy Blas de Victor Hugo. |
| La périphrase (figure de substitution) |
Remplacement d’un mot par une expression dont le sens est suffisamment explicite pour qu’on fasse le lien entre les deux. | Paris = La Ville Lumière. |
| La personnification (figure d’analogie) |
Consiste à attribuer des qualités humaines à des entités non humaines (animaux, plantes, objets, concepts abstraits…) | Le devoir m’appelle. |
| Le pléonasme (figure de répétition) |
Répétition d’une idée déjà exprimée précédemment à l’aide de termes redondants. | Monter en haut (si on monte, c’est forcément en haut…). |
| La prétérition (figure d’atténuation) |
Consiste à dire quelque chose en faisant mine de ne pas l’exprimer. | Inutile de vous dire à quel point vous m’avez déçue, tous les deux ! |
| La redondance (figure d’insistance) |
Expression d’une même idée ou information sous une forme différente. | Ce gratte-ciel était si grand, si haut ! |
| Le syllogisme (figure d’analogie) |
Raisonnement logique qui repose sur au moins trois propositions : deux prémisses (ou plus) qui, lorsqu’elles sont mises en relation, débouchent sur une conclusion. | Prémisse 1 : Je ne suis pas certaine de mon choix.
Prémisse 2 : Je dois être sûre de mon choix avant de le valider. |
| La synecdoque (figure d’analogie) |
Utilisation d’une partie d’un objet ou d’un concept pour représenter l’ensemble de cet objet ou de ce concept (ou inversement). | Lorsqu’on dit qu’on prendrait bien une tasse de café, on fait surtout référence au contenu (le café) plus qu’au contenant (la tasse). |
| La tautologie (figure de répétition) |
Répétition d’une même idée sous une autre forme. | Je mange et je dévore. |
| Le truisme | Expression d’une vérité absolument évidente. | Si le monde n’était composé que de gens bien, il irait beaucoup mieux. |
| Le virelangue (figure de construction) |
Phrase, proposition ou série de mots difficiles à prononcer correctement en raison de la présence d’allitérations, d’assonances ou de consonnes dont la prononciation est si semblable qu’elles se confondent les unes avec les autres. | Un chasseur sachant chasser sans son chien est un bon chasseur. |
| Le zeugme (ou zeugma) (figure d’analogue) |
Liaison de deux ou plusieurs éléments dans une association incongrue. | Il a perdu son travail et son envie de vivre. |
Toutefois, si vous la trouvez déjà trop longue à mémoriser, avec tous ces noms complexes et ces définitions qui se ressemblent, vous pouvez vous concentrer sur les figures rhétoriques essentielles, qu’on pourrait appeler les incontournables :
- L’antiphrase,
- L’ellipse,
- L’euphémisme,
- L’hyperbole,
- La litote,
- La métaphore,
- La métonymie,
- Le parallélisme,
- La périphrase,
- L’oxymore.
Les registres littéraires (ou tons littéraires)
La notion de registre littéraire englobe l’ensemble des caractéristiques d’un texte qui provoquent des émotions et des réactions particulières chez un lecteur (ou un spectateur au théâtre).
Elle est notamment liée à l’aspect formel, c’est-à-dire à la façon dont le texte est écrit, plutôt qu’à ce qu’il dit.
Bien utilisé, un registre littéraire permet de provoquer une émotion ou de générer une réaction précise chez le lecteur.
Pour ce faire, l’auteur fait appel à divers éléments stylistiques (champs lexicaux spécifiques, ponctuation expressive, figures de style…). C’est l’accumulation de ces techniques qui permet d’identifier ou de mettre en œuvre un registre littéraire en particulier.
Ainsi, les registres littéraires constituent en quelque sorte un procédé littéraire qui s’appuie sur d’autres procédés littéraires isolés…
Il en existe une quinzaine, dont les principaux sont le registre tragique, le registre lyrique, le registre épique, le registre réaliste et le registre comique.
| Registre littéraire | Définition/effet induit | Procédés d’écriture mobilisés |
|---|---|---|
| Registre tragique | Exprime l’angoisse d’un personnage confronté à un destin funeste et inévitable, des choix impossibles et une fin malheureuse (bien souvent la solitude ou la mort). | Champs lexicaux de la mort et de la fatalité, figures d’emphase, questions rhétoriques… |
| Registre dramatique | Génère une forte tension en faisant rapidement se succéder des évènements et péripéties inattendus. | Rythme narratif accéléré, phrases vives, récit en suspens, exclamations… |
| Registre pathétique | Vise à susciter la pitié et la compassion du lecteur face aux situations vécues et subies par les personnages. | Champ lexical de la souffrance, tirades affectées, hyperboles… |
| Registre lyrique | Exprime des émotions intimes, des sentiments personnels tels que l’amour ou la nostalgie. | Usage du « Je » narratif, métaphores, rimes, champ lexical de l’amour et de l’affection… |
| Registre épique | Sert à raconter de grands exploits, des actions exceptionnelles (et souvent sacrificielles) portées par des héros forts et courageux. | Hyperboles et autres figures d’emphase, accumulations, registre de langue soutenu, champ lexical de la guerre et de la bataille… |
| Registre merveilleux | Présente des éléments surnaturels ou magiques (fées, dragons, lutins, animaux anthropomorphes, objets magiques…) admis comme totalement normaux par les personnages. | Mise en scène de personnages et d’objets magiques, univers féérique, champ lexical de la magie… |
| Registre fantastique | Instaure un dilemme pour le lecteur à travers les questionnements du personnage, qui se demande si un évènement inexplicable est d’origine réelle ou surnaturelle. | Instauration d’une atmosphère inquiétante grâce au champ lexical de l’incertitude et du lugubre, enchaînement d’évènements inexplicables, hésitation voire basculement dans la folie du ou des personnages… |
| Registre comique | Cherche à divertir, à faire sourire ou rire le lecteur. | Jeux de mots, quiproquos narratifs, caricatures, répétitions, figures d’exagération… |
| Registre burlesque | Crée un contraste entre un sujet ou un contexte noble, et un style familier, voire vulgaire. | Registre de langue familier, comparaisons peu flatteuses, caricatures… |
| Registre ironique | Consiste à dire le contraire de ce que l’on pense pour se moquer, critiquer ou faire rire. | Antiphrase, litote, hyperbole, répétitions, sous-entendus… |
| Registre satirique | Se veut critiquer et tourner en dérision des défauts, des vices ou les absurdités d’une personne, d’un groupe social ou d’une société dans son ensemble. | Caricatures, champ lexical du ridicule, exagérations… |
| Registre polémique | Sert à mener un combat verbal, à attaquer un adversaire et à défendre vivement des idées, par une argumentation souvent agressive et acide. | Champ lexical de l’invective, vocabulaire très connoté, exclamations fortes, emploi de l’ironie… |
| Registre laudatif | Vise à faire l’éloge d’une personne, vanter ses mérites et exprimer sa vive admiration vis-à-vis d’elle. | Vocabulaire extrêmement mélioratif, hyperboles et superlatifs, comparaisons valorisantes, envolées lyriques… |
| Registre didactique | Cherche à instruire, transmettre un savoir ou donner une leçon morale au lecteur. | Neutralité de ton, objectivité de l’auteur, utilisation marquée de connecteurs logiques, champs lexicaux de la science et de la connaissance, vocabulaire précis et technique… |
| Registre réaliste | Se veut reproduire la vie quotidienne et « moyenne » de tout un chacun, créant une illusion du vrai grâce à des personnages ordinaires, des lieux existants et un vocabulaire adapté aux usages du quotidien. | Descriptions détaillées, accumulations de détails concrets et empruntés au réel, vocabulaire technique et précis… |
Une odeur nauséabonde flottait en effet dans le couloir, un mélange de vieille chaussette et de toilettes mal entretenues. Ils entendirent alors un grognement sourd et un bruit de pas sonores, comme des pieds géants qui martelaient le sol. Ron montra du doigt un autre couloir qui partait vers la gauche : tout au bout, une masse énorme s’était mise en mouvement et avançait dans leur direction. Ils se recroquevillèrent dans l’obscurité et regardèrent la chose apparaître à la lueur d’une fenêtre que traversait un rayon de lune.
C’était un spectacle épouvantable. Près de quatre mètres de hauteur, une peau grise et terne comme de la pierre, un corps couvert de verrues, qui avait l’air d’un énorme rocher au sommet duquel était plantée une petite tête chauve de la taille d’une noix de coco. La créature avait des jambes courtes, épaisses comme des troncs d’arbre avec des pieds plats hérissés de pointes. L’odeur pestilentielle qu’elle dégageait défiait l’imagination. Le monstre tenait une gigantesque massue qui traînait par terre au bout de son bras d’une longueur interminable.
Le troll s’arrêta devant une porte et jeta un coup d’œil. Il agita ses longues oreilles comme s’il réfléchissait, puis il se baissa et s’engouffra lentement dans l’ouverture.
— La clé est dans la serrure, murmura Harry. On pourrait l’enfermer.
— Bonne idée, dit Ron, un peu nerveux.
La bouche sèche, ils s’approchèrent avec précaution de la porte ouverte, en priant pour que le troll n’ait pas l’idée de sortir au même moment. D’un bond, Harry parvint à attraper la clé, à claquer la porte et à la verrouiller.
Ravis de leur victoire, ils se mirent à courir le long du couloir, mais un cri perçant les arrêta net. C’était un cri déchirant, désespéré, et il venait de derrière la porte qui retenait le troll prisonnier.
— Oh non, dit Ron aussi pâle que le Baron Sanglant.
— C’était la porte des toilettes des filles, balbutia Harry, horrifié.
— Hermione ! s’exclamèrent-ils ensemble.
Ils n’avaient pas d’autre choix que de faire volte-face et de se précipiter pour aller rouvrir la porte. Les doigts tremblants, Harry dut s’y prendre à plusieurs reprises pour tourner la clé dans la serrure. Lorsqu’il parvint enfin à pousser la porte, Hermione Granger, plaquée contre le mur du fond, paraissait sur le point de s’évanouir. Le troll s’avançait vers elle en arrachant les lavabos des murs sur son passage.
— Essaye de l’attirer ailleurs ! lança Harry à Ron.
Il ramassa un robinet et le jeta de toutes ses forces contre le mur. Le troll s’arrêta à deux mètres d’Hermione, se retourna d’un mouvement lent et lourd et cligna ses petits yeux stupides pour essayer de voir ce qui venait de faire ce bruit. Son regard mauvais tomba alors sur Harry. Le troll hésita un instant, puis s’avança vers lui en soulevant sa grosse massue.
— Ohé, petite tête ! cria Ron qui s’était glissé de l’autre côté de la pièce.
Il lui jeta un tuyau, mais le troll ne sentit pas le choc sur son épaule. Il avait entendu le cri, en revanche, et il s’arrêta à nouveau, tournant vers Ron son mufle repoussant, ce qui donna à Harry le temps de passer derrière lui et de se précipiter sur Hermione.
— Viens ! Cours ! cria-t-il en essayant de la tirer vers la porte.
Mais elle était incapable de faire un geste et restait collée au mur, la bouche grande ouverte, figée de terreur. Leurs cris qui s’étaient répercutés en écho dans le couloir avaient rendu le troll fou furieux. II poussa un rugissement et marcha droit sur Ron qui était le plus près de lui et n’avait aucune issue. Empoignant sa baguette magique, Harry fit alors quelque chose qui était à la fois très courageux et très stupide : il prit son élan, sauta au cou du troll et parvint à s’accrocher derrière lui. Le troll ne sentait pas le poids de Harry, en revanche, il sentait très bien la baguette magique qui lui était entrée droit dans une narine. Avec un cri de douleur, la créature se trémoussa et brandit sa massue, Harry toujours accroché à son cou. À tout instant, le troll pouvait le jeter à terre d’un coup de patte ou réussir à lui abattre sa massue sur la tête.
Hermione s’était effondrée au sol, à moitié évanouie. Ron sortit sa propre baguette magique, sans très bien savoir ce qu’il allait faire. À tout hasard, il prononça la formule qu’ils avaient apprise au cours du professeur Flitwick :
— Wingardium Leviosa !
Aussitôt, la massue s’arracha toute seule de la main du troll, s’éleva très haut dans les airs, se retourna lentement et s’abattit avec un craquement sinistre sur la tête de son propriétaire. La créature vacilla, puis tomba en avant, face contre terre, avec un bruit sourd qui fit trembler toute la pièce. »
(J. K. Rowling, Harry Potter à l’école des sorciers – 1998)
Analyse :
La présence de personnages surnaturels (créature, troll, monstre…), d’objets magiques et de formules magiques indique clairement que l’on a ici affaire au registre merveilleux en tant que registre dominant.
On retrouve également du registre épique, mis en œuvre au moyen de vocabulaire hyperbolique et du champ lexical de la bataille.
Les procédés narratifs
Les procédés narratifs correspondent aux choix qu’un auteur fait pour raconter une histoire, notamment en matière de l’organisation et du déroulement de son récit.
Elle englobe ce que l’on raconte (intrigue, personnages, morale…), mais aussi comment on le raconte.
La narration s’appuie sur trois instances du récit :
- les personnages, qui subissent ou engendrent les évènements relatés,
- le narrateur, qui incarne la voix qui relate ces péripéties,
- l’auteur, qui tire les ficelles et joue avec les personnages.
Parmi les procédés narratifs les plus courants, on trouve :
- l’utilisation d’ellipses, d’analepses et de prolepses – autrement appelés flashbacks (= retours en arrière) et flashforwards (= bonds en avant) dans les manuels de narratologie actuels,
- la gestion de l’alternance entre narration et dialogues,
- le choix du type d’incipit (descriptif ou in medias res),
- le choix du ou des points de vue narratifs.
On discerne trois grands types de points de vue narratifs :
- le point de vue interne, où le lecteur accède au récit via les perceptions, les sentiments, les sensations et le vécu d’un personnage en particulier.
- le point de vue externe, où le narrateur se place en observateur extérieur de l’histoire et des personnages, sans jamais avoir accès aux pensées d’aucun d’eux.
- le point de vue omniscient (ou focalisation zéro), où le narrateur sait absolument tout de tous les personnages de l’histoire, y compris leur passé et leur futur.
La première et la deuxième personnes narratives (« je », ou plus rarement « tu », « nous », et « vous ») sont réservées au point de vue interne, tandis que la troisième personne (« il(s)/elle(s) ») est la plus versatile des trois. En effet, elle peut s’appliquer à chaque type de point de vue (y compris le point de vue interne, que la narratologie nomme alors troisième personne focalisée pour l’occasion).
Quid des genres littéraires ?
Les genres littéraires sont des catégories dans lesquelles on classe les œuvres selon leurs caractéristiques principales (structure, type de prose, registre, sujet, ressorts de l’intrigue, émotions induites…).
Mais attention à ne pas les considérer comme des procédés littéraires, même si les deux notions sont intimement liées.
Là où le genre littéraire correspond au type de texte (= le résultat), les procédés d’écriture sont les outils dont l’auteur se sert pour écrire le texte en question (= la méthode pour aboutir au résultat).
- le genre narratif,
- le genre poétique,
- le genre théâtral,
- le genre épistolaire,
- le genre argumentatif.
À chaque genre correspond ensuite des sous-genres, plus ou moins nombreux selon la catégorie choisie.
Celle qui en compte le plus est évidemment celle du genre narratif, avec le roman (d’amour, policier, de fantasy, de science-fiction, picaresque, épistolaire, historique…), la nouvelle, le conte, la fable, la biographie, le journal intime, etc.
En somme, les genres littéraires se nourrissent des procédés littéraires (registre, lexique…) pour exister et s’incarner.
Ce sont deux concepts différents, mais qui n’auraient pas de raison d’exister l’un sans l’autre.
Serge (il faut que je prenne l’habitude de l’appeler “Mon commandant” parce que Serge, ça risque de passer moyen et j’aimerais autant que possible que le piston honteux auquel je dois d’être affectée à Fontainebleau ne soit pas trop visible), le commandant Parrot, donc, m’avait prévenue : “Si tu aimes les saucisses, tu vas aimer Toulouze.” Je doute qu’il y ait eu la moindre connotation sexuelle dans ce délicieux calembour : si une femme hétéro était coincée sur une île déserte, seule avec lui pour le restant de ses jours, elle deviendrait lesbienne dès la première minute. Il a le regard d’un poisson mort par indigestion. […] Et là, coïncidence de ouf, il enquêtait sur le gars que j’ai vu passer sur son brancard l’autre jour. Celui qui avait l’air d’avoir un morceau de métal planté dans la figure. Eh bien c’est exactement ça : un fou furieux lui a fait couler du public dans les yeux. »
(Olivier Bocquet, Du plomb dans la tête – 2020)
Commentaire :
Grâce au vocabulaire (police, enquête, grades policiers) et à la mention d’un crime particulièrement sordide, on comprend d’emblée que l’on a affaire à un roman policier.
Ce passage est, en outre, marqué par la lecture d’un passage du journal intime de l’une des protagonistes, et l’utilisation d’un registre comique/satirique.
Les procédés d’énonciation
Les procédés d’énonciation se concentrent sur l’implication du locuteur à communiquer un message ou transmettre un énoncé.
Cela passe par :
- les personnes narratives,
- l’emploi de questions rhétoriques,
- l’utilisation de marques énonciatives telles que les pronoms (personnels, possessifs…), qui permettent d’identifier le narrateur, ou qu’un personnage en interpelle un autre au moyen d’une apostrophe.
(Rebecca F. Kuang, Yellowface – 2024)
Commentaire :
L’utilisation du « je » narratif associé à des pronoms possessifs à la première personne du singulier permet d’identifier facilement le type de narrateur (interne).
Aussi, les marques du présent de l’indicatif ancrent le récit dans le présent et renforcent sa dimension actuelle, ainsi que l’identification à la narratrice.
Les procédés lexicaux
Les procédés lexicaux renvoient au choix des mots qui composent un texte.
Ils sont capitaux dans un écrit à dimension littéraire, car ce sont essentiellement eux qui permettent de transmettre une émotion, de créer une atmosphère, ou encore de mettre en exergue la pensée de l’auteur.
On y retrouve parmi les procédés lexicaux :
- l’utilisation de champs lexicaux (soit des ensembles de mots qui se rapportent à un même thème),
- la connotation du vocabulaire employé (mélioratif, péjoratif ou neutre),
- le positionnement entre sens propre et sens figuré sur un mot donné,
- les niveaux de langue (ceux-là même que l’on confond trop souvent avec les registres littéraires)…
Pas maigre, non. Du muscle, des nerfs. Il occupe son temps libre en faisant du sport : course à pied, trekking, escalade, vélo. Tout ce qui renouvelle l’oxygène sur la durée. Régénérer les globules rouges dans la nature, le vert, la végétation. Couper avec le béton, l’asphalte, les échangeurs, l’air conditionné, les odeurs de cuisine. D’essence. De monoxyde de carbone.
Oxygène. Nike Air.
Fuir l’autoroute.
Fuir son travail.
Ôter le calot de papier ridicule qu’il est obligé de porter en cuisine. Avec le tablier, la chemise et les sabots blancs aux pieds.
Cuisinier de pacotille.
Il ne crée rien.
N’invente rien.
Reflète juste une image, rassure les clients.
[…]
Ils ont faim. Ils sont fatigués. Harassés. Irrités. Ils ont chaud, sont inquiets ou excessivement rigolards. Rendez-vous des hasards, la meute constituée au fil des arrêts pipi, du plein d’essence et des creux à l’estomac. »
(Joseph Incardona, Derrière les panneaux il y a des hommes – 2015)
Commentaire :
L’accumulation de termes à connotation péjorative ainsi que l’utilisation d’un registre familier permet de ressentir le désenchantement et le cynisme qui habitent le personnage dont la narration adopte le point de vue.
Les procédés grammaticaux et syntaxiques
Les procédés grammaticaux et syntaxiques ont également trait au choix des mots, mais ils se focalisent davantage sur le choix des classes grammaticales et la construction des phrases afin de générer différents effets à la lecture.
Ils ont une grande influence sur la rythmique et le ton de la phrase, mais aussi sur les nuances de sens qu’un même mot ou qu’une même assertion peut exprimer.
On peut citer :
- les types de phrases (parmi lesquels la phrase déclarative, la phrase interrogative, la phrase exclamative et la phrase impérative, mais aussi les phrases non conventionnelles telles que la phrase non verbale),
- les temps et les modes verbaux,
- les connecteurs logiques (conjonctions de coordination, conjonction de subordination…) ou les pronoms relatifs,
- les propositions subordonnées (propositions subordonnées circonstancielles, propositions subordonnées complétives, propositions subordonnées conjonctives, propositions subordonnées relatives),
- la casse des lettres et la typographie des mots (minuscules ou majuscules, italique ou romain…),
- la ponctuation employée (point d’exclamation, point d’interrogation, point, point-virgule, virgule, points de suspension, tiret cadratin, etc.)…
Je peux l’écrire très simplement : « Je suis fatiguée. » Il s’agit d’une affirmation simple et factuelle indiquant mon niveau d’énergie, actuellement au plus bas.
Mais aussi :
- Je suis fatiguée ! (léger énervement)
- Je suis… fatiguée ? (ton dubitatif ou étonnement)
- Je suis fatiguée… (épuisement)
- Je suis fatiguée !!! (grosse colère)
- Je suis FATIGUÉE. (affirmation vive)
- Je suis FA-TI-GUÉE. (exaspération)
- Je suis fatiguée. (emphase mise sur le terme « fatiguée » pour faire comprendre que l’épuisement est profond et réel).
La ponctuation n’est pas uniquement là pour faire joli ou décorer la phrase : elle peut changer le sens d’une phrase ou d’un passage du tout au tout.
Les procédés sonores
On les appelle aussi les procédés musicaux, et ils sont surtout présents en poésie, mais ils peuvent également surgir dans d’autres genres.
Les procédés sonores jouent sur la prosodie des mots, soit la mélodie qu’ils renvoient lorsqu’on les assemble pour les prononcer.
Ils n’ont pas leur pareil pour éveiller ou renforcer des émotions, ou bien faire naître des images dans l’esprit du lecteur.
Les procédés sonores englobent :
- les figures de style qui reposent sur l’exploitation des sonorités (assonance, allitération, enjambement, contre-rejet, répétition, anaphore, épiphore…),
- les rimes (rimes croisées, rimes embrassées, rimes suivies…),
- l’utilisation de types de vers (tercet, quatrain, quintil…) pour créer un motif répétitif…
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
[…] »
(Paul Éluard, « Liberté », Poésie et vérité – 1942)
Commentaire :
Le poème Liberté de Paul Éluard est marqué par des motifs répétitifs (une anaphore récurrente en sur, puis une épiphore pour le vers terminal de chaque quatrain – strophe de 4 vers – avec J’écris ton nom).
Synthèse : liste des procédés littéraires
Pour les plus pressés et les esprits synthétiques, voici une synthèse des différents types de procédés littéraires :
| Les procédés rhétoriques (figures de style) |
|
| Les registres (ou tons) littéraires |
|
| Les procédés narratifs |
|
| Les procédés d’énonciation |
|
| Les procédés lexicaux |
|
| Les procédés grammaticaux et syntaxiques |
|
| Les procédés sonores |
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